ART /

InTime

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Pierre Alféri

2003

Cette oeuvre est tout à la fois littéraire et vidéopoétique, et est un témoignage du voyage.

“Intime est tout à la fois trace d’un périple, d’une traversée de lieu, de paysages qui se tressent dans les vers et les images de la vidéo, et de courtes lettres adressées à des anonymes, à des destinataires dont seule la qualité les nomme : cher relatif, chère attachée, chère lunatique, cher antiquaire, cher mentor… Intime est cette traversée de la langue qui sans autre complexité que d’anodines mentions, cherche à s’adresser, non plus à des personnes en particulier, mais sans doute à des caractères, à des désignations personnelles et impersonnelles, à des tensions qui gouvernent l’homme, tout à la fois chacun d’entre nous et celui-là même qui nous adresse cette intimité du dire…


… Intime se présente alors comme le témoignage tactile de ce qui touche aussi bien au niveau de la phrase que de l’image. Les phrases du court texte sont tout à la fois simples, de brèves annotations qui impliquent une adresse à un autre, mais qui sont gouvernées en elles-mêmes par une suspension constante. Cette suspension n’est pas celle de la limite du langage face à ce qu’il y aurait à dire ou au dire lui-même ; car extérieur à la problématique de la modernité, Alferi ne pense pas que la langue ait à chercher, par une mimésis de second degré, à représenter l’insondable qui provoquerait l’abîme de la langue face à l’indicible. Loin de cette perspective, l’instable de la langue est la chose même témoignée, à savoir la syntaxe de l’instable de la langue qui se suspend à elle-même. Ce déséquilibre propre à la langue est redoublé par les dessins qui viennent faire front au texte, non pas l’illustrer mais le toucher, l’interroger. En effet comme la quatrième de couverture l’exprime : Intime peut-être considéré comme le scénario du film de Pierre Alferi. Scénario à la fois visuel et textuel, dont nous pouvons voir l’incarnation dans le cédérom Panoptic, un panorama de la poésie contemporaine, édité de même par Inventaire/invention. La vidéopoésie enveloppant dans sa matérialité ce déséquilibre, vidéo de collage, où se tressent des bandes distinctes, comme dans les tableaux de Jiril Kolar, le poète plasticien tchèque.

Le témoignage n’est ni fiction, ni objectivité, il est ce qui à la fois est la nécessaire présence vécue et articulée d’un sujet et d’autre part sa possible errance de jugement, la possible péripétie d’une déformation imperceptible qui hanterait la trace. L’intime ne peut se donner sans doute que là, dans cette possibilité de ne pas se rencontrer, de ne pas se reconnaître à travers le témoignage donné aussi bien à la chère voisine qu’au cher créancier. “Es-tu si sûre / qu’on se reconnaîtra” demande-t-il à l’intime dans sa dernière adresse. En effet, faut-il attendre de se retrouver pour être lié ? Comme en écho, le dessin et le plan dans la vidéo renvoient à des chaînes. L’intime, toujours déjà là, dans le déport de soi et la rencontre du monde. L’intime non pas dans la présence absolue de soi, mais dans cette différence constitutive de l’existence, cette instabilité qui ne n’apparaît qu’au toucher de la trace issue du mouvement.
Le rythme reste en disparaissant, non dans une transparence, une vision du dehors, mais au contraire dans une clarté opaque et résistante, une pure surface : dans l’impression.”
Philippe Boisnard (28 décembre 2004) / http://www.lelitteraire.com/imprimer.php3?id_article=1233


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Sur l’artiste :
http://alferi.fr/

Site sur les écrits de l’artiste :
http://www.vacarme.org/auteur61.html


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