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André Breton (1896-1966)

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Publié le 19 avril 2012
Série Surréalisme

Un seul mot d’ordre : « Lâchez tout »
Durée : 17’24
Dans ce nouveau podcast, Michel Giroud fait surgir les concepts clés qui définissent André Breton. Tel un pion qui se déplace sur un damier coloré, il fait apparaître pas à pas des mots colonne : imagination, insolite, hasard, surprise, automatisme, révélation et révolution.

Par Michel Giroud et Eric Bernaud

En 1924, André breton lance la fameuse revue La révolution surréaliste, il n’a que 28 ans.
Il bouleverse complètement notre XX° siècle par l’invention de cette nouvelle conception non pas de l’art et de la littérature mais d’une sorte de mouvance dont le but serait de changer la vie selon la définition de Rimbaud et de transformer le monde selon la maxime de Marx.
Donc joindre l’art et la littérature avec le bouleversement social, il n’y a pas d’autre objectif à suivre . André Breton donne tout pouvoir avec la révolution surréaliste, l’organe de cette mouvance à l’imagination, comme disait Baudelaire la reine des facultés. Sans l’imagination en tous domaines, l’être humain est malheureusement appauvri et réduit à devenir une sorte d’esclave des normes. Nous n’allons pas bien sûr développer là toutes les conséquences de l’imagination mais lorsqu’il parle d’imagination, il ne pense pas nécessairement à l’image, il pense ici à la pensée comme imagination et s’il y a imagination, il y a nécessairement débordement, foisonnement c’est une critique directe et indirecte à la fois du réalisme, à la fois du matérialisme réducteur, à la fois du rationalisme positiviste et scientifique à la fois du spiritualisme étriqué et idéaliste comme du l’occultisme. André Breton lorsqu’il donne l’ouverture vers l’imagination, il ne s’agit pas de s’envoler vers les cieux mais d’ouvrir toutes les portes et toutes les fenêtres pour enfin faire passer le souffle, les souffles de toutes les imaginations développées dans l’enfance et qui malheureusement à cause du dressage sous toutes ses formes est bientôt éteinte vers l’âge de 12 ans!
La révolution surréaliste telle que l’envisage André Breton est un soulèvement, un sursaut, est une dynamique de la vie.Nous allons tenter en quelques damiers, en 7 carrés clé dont l’imagination serait le premier pourquoi pas!

Imagination

Nous plongeons immédiatement avec la révolution surréaliste dans l’insolite , à la portée de chacun, là, dans la rue, partout, dans la campagne, il suffit de regarder avec l’œil du dedans, non pas avec l’œil de la famille, de l’idéologie, de l’école, des prescriptions, des principes, mais avec un œil tournant dans toutes les directions, évidemment dès que l’on parle d’insolite nous sortons de la norme. Et là Breton commence à faire le lien avec ce qui précède ou qui succède c’est difficile à dire le symbolisme (Lautréamont, Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé, Victor Hugo) surtout Gérard de Nerval et
son soleil noir et tout ce qui précède tous les romantismes allemand, anglais, français du XVIII et ensuite nous pourrons remonter au Moyen-Age et au delà du Moyen-Age!
Dès cette année 1924, il y a là un énorme bouleversement : il ne s’agit pas d’inventer une nouvelle avant-garde, il s’agit d’ouvrir toutes les portes.

Insolite

L’insolite est là chaque jour, à chaque minute, à chaque instant, à la portée de tous et nous le voyons très bien à l’époque dans les œuvres de son ami Man Ray, Duchamp Picabia, Arp, Tzara, Masson, Ernst, Miro, Picasso, il y a de l’insolite partout!
L’insolite n’est pas une réduction à un imaginaire qu’on a dit surréaliste, il doit être insolite et jamais ne ressembler à quelque chose de déjà vu.

Hasard

André Breton va développer tout au long de sa vie car il meurt à Paris en 1965, le hasard objectif.
Tout ce qui nous arrive, nous arrive par une succession de coïncidences, de croisements et d’entrecroisement qui sont dûs dit-il au hasard objectif. Nous ne savons absolument pas ce qui va nous arriver, nous devons donc être ouverts, perméables, poreux , accueillir le hasard qui vient là au coin de la rue, d’un mot, d’un dictionnaire, d’une page, d’une phrase, d’un échange avec quelqu’un que l’on ne connaissait pas…

Surprise

L’imagination, l’insolite, la surprise, le hasard dansent ensemble; mais la surprise comme dans les jeux « faites une surprise », c’est la capacité enfantine, de l’imagination enfantine à voir le monde d’une manière étonnante ; en général l’adulte qui a fait trop d’études ou qui a trop travaillé est blasé. Breton redonne une force magistrale, à cette capacité d’être surpris par l’étonnante bizarrerie des choses : les oiseaux, les animaux, les plantes, le cosmos, les mathématiques, tout ce qui passe autour de nous, tout ce qui nous précède : c’est surprenant comme dans les comptes et les mythes, comme dans les romans de science-fiction. Les mots sont surprenants, lorsque l’on met ensemble des mots, plus les mots sont éloignés, plus ils fabriquent une surprise. Il a puisé dans la définition même de la poésie de son ami des années 16/20, Pierre Reverdy qui a déjà élaboré cette fonction de la poésie : la poésie est poésie lorsqu’il y a apparition d’images surprenantes, écartées plus l’écart est grand, plus la surprise est folle.

Automatisme

Automatique, la pensée automatique, le dessin automatique, le langage automatique!
Découverte de ce qui a été exploré analytiquement par Freud, l’inconscient : faire apparaître cette couche de l’inconscient à travers le conscient c’est ça qu’on peut appeler l’écriture ou le dessin automatique : se laisser guider non plus par la raison, par la logique, ses apprentissages mais par ses poussées fulgurantes qui viennent du rêve, automatique auto ma tique O TO MA T I QUE

Révélation

Une forme difficile à révéler : la révélation : comme en photographie, comme son ami Man Ray, révéler des formes qu’il n’avait pas prévu, révélées au hasard; tout le surréalisme est lié à cela.
Comment faire apparaître de l’obscurité, une révélation, quelque chose qui n’a jamais été vu ?
Quand on est concentré dans le domaine du rêve, plein de choses se révèlent à nous, c’est l’objet qui s’impose à nous : et nous voyons brusquement dans un pied de table un masque, un totem, quelque chose de bizarre, et en effet André Breton  puisqu’il ira un peu plus tard vers les années 40 en Arizona, il rencontrera les hopis, les navajos, il est passionné par les amérindiens; il voit bien que tous les totems et rituels sont absolument invraisemblablement bizarres, c’est une énorme révélation qui après les avoir vus en livre les découvre à l’état vivant, c’est tout à fait autre chose
Dans les années 47, il révèle à nouveau l’alchimie, les illuminés, l’ésotérie.

Révolution

La révolution surréaliste n’est pas une révolution politique, ni idéologie; c’est une révélation la révolution. Il serait plus juste de dire en changeant vite de case, que c’est une transformation.
Il découvre à New York vers les années 40/50 l’œuvre de Charles Fourier : c’est une révélation.
Il propose non plus des révolutions qui reviennent sur elles-mêmes mais des transformations.Charles Fourier est notre futur, l’homme de l’écart absolu.
La dernière exposition du surréalisme en 1965 s’appellera l’écart absolu avec la collaboration de Marcel Duchamp. Et celle qui précède en 1959 s’appellera Eros, le désir fondamental qui nous permet sans cesse de passer d’un champ vers l’autre, dans le contre champ, de mélanger les champs et d’en finir avec les catégories, d’achever, de pulvériser tous les systèmes et de sans cesse sortir de la Cage, comme dit Breton dans un tract célèbre qui peut concentrer l’ensemble même du surréalisme, de la révolution surréaliste : « Lâchez tout », Lâchez vos maîtres, Lâchez vos pères et mères,  Lâchez vos idées,  Lâchez votre patrie, Lâchez votre nation,  Lâchez vos idéologies,  Lâchez votre langue, Lâchez tout ce qui vous accroche, Lâchez votre identité, Lâchez votre nom,
Perdez-vous, Prenez la route, Devenez nomade, devenez errant, Maître de l’errance sur le chemin qui n’existe pas, vers le nulle part permanent qui nous permet de mettre ensemble le oui et le non, le jour et la nuit dans le même globe. Voilà Breton non pas le mage, non pas le prophète mais le révélateur d’une possible transformation de notre monde si réduit, si ingrat, si sec, si minable! Lâchez tout  partez sur la route!

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