1- Malcolm Le Grice en quelques dates clés
2- La dÉmarche artistique de l’artiste
1- Malcolm Le Grice en quelques dates clés

1940 : Naissance de Malcolm Le Grice à Plymouth.
-- Les annÉes 60 :
Apprentissage de la peinture et intérêt grandissant pour le cinéma.
De 1960 à 1967
- Il étudie la peinture au Plymouth Art College puis à la Slade School of Fine Arts à Londres.
« Ma période à l’école d’art a coïncidé avec la révélation des Beatles et des Rolling Stones, avec l’apparition de nouvelles formes de free-jazz, de nouvelles attitudes au théâtre, dont la reconnaissance critique des pièces de Samuel Beckett. Plus importante pour moi a été l’émergence d’artistes tels Jasper Johns, Robert Rauschenberg et les Happenings et les débuts de la fusion entre art et technologie. » Malcolm Le Grice
- Il joue du jazz en tant que guitariste et se produit en concert avec des musiciens de musique improvisée comme Keith Rowe, John Surmon et Mike Westbrook.
« Cette expérience avec la musique, avec la structure musicale, l’improvisation et la performance a été un facteur essentiel quand j’ai commencé à travailler le film et d’autres médias basés sur une modulation de l’expérience dans le temps. » MLG
1965
- Il découvre le cinéma expérimental dont les premiers films de Marcel Duchamp et Fernand Léger.
- Il explore d’autres médias en diffusant des sons illustrant ces peintures. Il réalise quelques films en 8mm.
1966
- Il réalise son premier film 16mm Castle 1.
- Ses travaux sont alors influencés par les arts visuels et la musique contemporaine improvisée.
1967
- Il commence à délaisser la peinture pour se consacrer aux films.
- Il a accès à l’un des premiers studios vidéo semi-portables où il commence à expérimenter le refilmage, les feedbacks et les boucles vidéos en passant la bande entre deux magnétoscopes.
Intérêt pour la boucle, la manipulation et la transformation de l’image.
Premières expérimentations de films générés sur ordinateur.
- Il devient membre du groupe d’artistes « Computer arts society » fondé en 1969 par Alan Sutcliffe pour « encourager l’usage créatif des ordinateurs dans les arts et pour favoriser les échanges d’informations techniques ».
1970 :
- Il crée le premier film généré sur ordinateur Your Lips 1 en utilisant l’ordinateur Atlas du laboratoire de recherche en énergie atomique, le seul à l’époque équipé pour produire des films.
- Il réalise une série de films sur pellicule, caractérisée par la problématique et le potentiel créatif de la transformation d’images, l’exploration des possibilités de tirage et de développement du film, l’exploitation de structures temporelles basées sur la répétition et la boucle. Il souhaite que ces différentes pratiques soient en relation avec le rôle et l’expérience conceptuelle du spectateur.
1977 :
- Il publie le livre Abstract film and beyond qui lie l’épanouissement du cinéma expérimental aux pratiques artistiques modernistes et interroge son développement en Grande Bretagne et en Europe.
-- Les annÉes 80 :
De nouvelles possibilités artistiques offertes par l’ordinateur et le numérique.
- Il acquiert une nouvelle caméra vidéo 8 et un ordinateur, à l’époque où les ordinateurs commencent à avoir des prix abordables.
L’ordinateur Atari sera son principal outil car il a un meilleur niveau de sophistication de l’image et du son.
-- 1997 À aujourd’hui :
- Il est professeur et directeur de recherche au Saint-Martins College of Art and Design à Londres. Malcolm Le Grice est à l’origine de la création de section cinéma dans les écoles d’art.
2- La démarche artistique de l’artiste

MOTS CLÉS DE SA PRATIQUE ARTISTIQUE ET ARTISANALE :
- La boucle (extrait vidéo, image, son répété en séquence)
- La transformation de l’image (par la couleur, travail sur la pellicule et/ou sur ordinateur…)
- La combinaison de formats et techniques (superposition de pellicules de différents formats, utilisation de la vidéo, de l’ordinateur, d’une ou plusieurs pellicules…)
- Le multi-écran (format tryptique, 4 écrans…)
Il détermine 4 lignes directrices dans son œuvre et son cheminement :
- Sa sensibilité visuelle pour la couleur, la tonalité, la ligne, la figure et la forme, et pour la lecture des symboles visuels.
- Son expérience avec la musique avec la structure musicale et l’improvisation et la performance, est un facteur essentiel lorsqu’il commence à travailler le film et d’autres médias basés sur une modulation de l’expérience dans le temps.
- Son aptitude technique. Il comprend rapidement le fonctionnement des ordinateurs qui lui permettent de réaliser des programmes informatiques plus ou moins complexes. Il construit un appareil pour le tirage des films à partir d’un vieux projecteur et il conçoit une machine à développer le noir et blanc sur bandes plastiques avec laquelle il travaillera jusqu'à la fin des années 70, avant de profiter d’un laboratoire avec des équipements plus conséquents.
- Son aptitude analytique et scientifique. Il souhaite relier la théorie à la pratique, explorer des concepts fondamentaux…
Dans ces travaux, Malcolm Le Grice développe un intérêt pour :
- la manipulation et/ou la transformation des images vidéo, analogiques ou générées sur ordinateur et leurs effets.
- la boucle dont le caractère répétitif fixe l’attention sur les changements qui surviennent dans la perception du spectateur.
« La boucle peut devenir un rythme souligné et les images transformées ont quelques analogies avec une structure harmonique et mélodique »
« La transformation de l’image dans un film dépend de ses processus mécaniques et chimiques. Ceux-ci sont en grande partie basés sur les modifications entre négatif et positif et la recoloration des surfaces à travers les caches constitués à partir de versions monochromes de l’image. » MLG
LE SPECTATEUR - « Le spectateur comme faiseur ultime de l’expérience filmique »
Malcolm Le Grice souhaite se rapprocher du spectateur à travers la production du film et de son expérience.
Il détermine 3 étapes dans l’expérience de la représentation cinématique :
- Traiter ce qui était représenté par les images (personnage et lieu) et s’identifier dans ses images avec l’action illusoire représentée à l’écran.
- Lire et expérimenter l’œuvre en rattachant le moment présent des images à l’état précèdent remémoré plus tôt dans le film.
- Déplacer la première expérience du spectateur vers l’évènement même de la projection, en réduisant le plus possible chaque composant qui se réfère à un temps ou à un lieu.
Malcolm Le Grice souhaite avant tout que le sectateur voit autrement le cinéma.
L’UTILISATION DES OUTILS NUMÉRIQUES
« Le numérique remet en question des hypothèses fondamentales sur les relations entre artiste et spectateur. »
« Les limites de tout medium artistique ont été mises en question à travers la dernière partie du 20ème siècle, et avec la prédominance du numérique, toute notion de medium devient matière de choix et sélection et non d’a-priori » MLG
DISTINCTION ENTRE CINÉMA ET FILM
« J’utilise « cinéma » non pas pour suggérer la culture ou le cinéma dominant mais pour distinguer le cinéma en tant que discours – un langage du temps - et le film en tant que medium spécifique ou technologie. De ce point de vue , le film, la vidéo ou les formes numériques peuvent tout être qualifiés de cinématiques. »
« J’ai un refus marqué pour la narration comme base essentielle de la pratique cinématique en faveur de ce que je pourrais décrire comme une forme quasi-musicale ou non linéaire, allégorique, symbolique, multi-narrative… » MLG
Le processus de tournage, de collecte, de mise en mémoire et le revisionnage du matériel est considéré comme un journal filmé par l’artiste.
Paul Cézanne (1839-1906), peintre français.
Tout son art peut se résumer à un effort pour réduire la distance entre l’extérieur et l’intérieur, entre la matière et la forme, entre la subjectivité de peintre et la nature extérieure.
"Sa formule" était de prendre pour guide la nature et d’ignorer la perspective, les règles de la composition tout en défendant "une vision logique, c'est-à-dire sans rien d'absurde". Célèbre pour ses natures mortes et ses tableaux représentant la nature, il reste une influence pour de nombreux artistes.

Légende : Montagne Sainte-Victoire, 1898-1902, Paul Cézanne.
Vassily Kandinsky (1966-1944), peintre russe, théoricien de l’art, considéré comme le fondateur de l’art abstrait.
Il écrit en 1910 un livre « Du spirituel dans l’art » qui est une référence pour comprendre l’art abstrait. Il y aborde les pouvoirs de la couleur et de la manière dont elle agit dans notre conscience profonde. Il y définit également le terme de "nécessité intérieure" qui est le principe de l’art et le fondement de l’harmonie des formes et des couleurs dans l'abstraction. Il insiste également sur le droit de l’artiste à la liberté illimitée.
« Nous ne sommes pas assez avancés en peinture pour être déjà impressionnés profondément par une composition de formes et de couleurs totalement émancipée ».
« L’œuvre d’art naît de la nécessité intérieure de l’artiste de façon mystérieuse, énigmatique et mystique, puis elle acquiert une vie autonome, elle devient un sujet indépendant animé d’un souffle spirituel » V. Kandisky

Légende : Une voix inconnue, Vassily Kandisky, 1916
Un des « premiers film sans scénario » qui a fait le tour du monde ; il est une réflexion sur ce que doit être le cinéma. Il a été réalisé en collaboration avec Dudley Murphy et Man Ray et est l’accompagnement cinématographique de l’œuvre musicale du même nom de Georges Antheil composé entre 1923 et 1925 (pianos, hélice d'avion, percussions…).
« La raison d’être du cinéma, la seule, c’est l’image projetée… Remarquez bien que cette formidable invention ne consiste pas à imiter les mouvements de la nature ; il s’agit de tout autre chose, il s’agit de faire vivre des images, et le cinéma ne doit pas aller chercher ailleurs sa raison d’être. Projetez votre belle image, choisissez-la bien, qualifiez-la, mettez le microscope dessus, faites tout pour qu’elle donne un rendement maximum, et vous n’aurez plus besoin de texte, de descriptif, de perspective, de sentimentalisme et d’acteurs. Soit dans l’infini réalisme du gros plan, soit dans la pure fantaisie inventive (poétique simultanée par image mobile), l’événement nouveau est là avec toutes ses conséquences. » F. Léger
http://www.ubu.com/film/leger.html
- Anemic cinéma, Marcel Duchamp, 1926, 35mm, N/B, 7’
Ce premier film de Marcel Duchamp est un classique du film expérimental : 19 disques rotatifs se succèdent où sont inscrites des boutades (jeux de mots) comme « Bains de gros thé pour grains de beauté sans trop de bengué » et joue sur le palindrome (fait d’inverser).
"Le cinéma m'a surtout amusé pour son côté optique. Au lieu de fabriquer une machine qui tourne, comme j'avais fait à New York, je me suis dit: pourquoi ne pas tourner un film ? Ça ne m'intéressait pas pour faire du cinéma en tant que tel, c'était un moyen plus pratique d'arriver à mes résultats optiques. (...) Non, je n'ai pas fait de cinéma, c'était une façon commode d'arriver à ce que je voulais. D'ailleurs ce cinéma était très drôle. On travaillait millimètre par millimètre parce qu'il n'y avait pas de machines très perfectionnées. Il y avait un petit rond, avec des millimètres marqués, nous tournions image par image. On a fait ça pendant deux semaines.
Les appareils n'étaient pas capables de prendre la scène à n'importe quelle vitesse, ça se brouillait, et comme ça tournait assez vite ça faisait un effet optique curieux. On a donc été obligés d'abandonner la mécanique et de faire tout nous-mêmes. Un retour à la main, pour ainsi dire"
http://www.ubu.com/film/duchamp_anemic.html
Oskar Fischinger (1900-1967) plasticien-cinéaste.
Il a consacré toute sa carrière (1922-1961) à l'abstraction filmique.
Ses compositions sont fondées sur le dynamisme des formes, le rythme, le jeu des couleurs. Il se révèle virtuose des techniques plastiques et cinématographiques qu'il n'hésite pas à mélanger : utilisation de la cire, de fusains, de peinture à l'huile sur plexiglas... Il est également le premier à pratiquer l'égratignure sur pellicule que reprendra plus tard, le réalisateur Stan Brakhage. Il réalise ses premiers films sonores en 1929. Il inspire de façon importante les compositeurs John Cage et Edgard Varèse.
http://www.tudou.com/programs/view/S_89akyl14k/
Légende : Oskar Fischinger, Komposition in blau, 1935 - (source : http://data.zprojection.com/)
Kurt Kren (1928-1998), cinéaste expérimental
Il commence à réaliser des films vers 1957. Son premier film strictement sériel « 2/60 48 Köpfe Aus Dem Szondi -Test », montre un ensemble de visages présentant un « diagnostic expérimental des pulsions humaines » (1960). Dans les années 60, il réalise ses films les plus connus qui immortalisent les Actionnistes Viennois.
« Il est un des précurseurs de la destruction de la continuité spatiale et temporelle au cinéma qui donnera naissance à l’expanded cinema. » Lightcone.org
L'expanded cinéma (ou cinéma élargi en français) est un concept définissant un cinéma qui sort de la projection classique, joue sur des écrans multiples et le hors cadre et où le montage et les configurations spatiales s’écartent des habitudes du spectateur. L’expanded cinéma caractérise également le travail de Malcolm Le Grice.
http://www.ubu.com/film/kren.html
http://www.youtube.com/watch?v=0RsI2KZlSh4
Autres cinéastes expérimentaux :
Peter Gidal (1946- )
http://www.ubu.com/film/gidal.html
Len Lye (1901-1980)
http://www.youtube.com/watch?v=EF_ehWEL0Wc
http://www.youtube.com/watch?v=cEs_qxyIAK0
http://lightcone.org/fr/cineaste-200-len-lye.html
John Cage (1912-1992), compositeur, poète, théoricien, plasticien et écrivain.
Il a révolutionné la conception occidentale de la musique et de la fonction de compositeur. Tout son travail vise à la relativisation de la personnalité et au refus d’établir une distinction entre vie et art, d’où, dans son œuvre, l’utilisation du hasard, qui émancipe la musique de la mémoire et de l’intention, et l’absence de hiérarchie entre les sons musicaux et les autres.
http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-cage/ENS-cage.html
Franz Kafka (1883-1924), écrivain tchèque.
Connu pour les romans Le Procès (1925) et Le Château (1926) ainsi que pour la nouvelle La Métamorphose (1915), ses écrits sont souvent caractérisés par une atmosphère sinistre où la bureaucratie et la société impersonnelle ont de plus en plus de prise sur l'individu. Il y symbolise l’homme déraciné des temps modernes.
Malcolm Le Grice le considère comme le seul écrivain existentialiste à la première personne où tout passe par la propre perception de soi-même, et c’est ce qu’il souhaite rendre avec le cinéma.
Temps n.m. : 1. Continuité indéfinie, milieu où se déroule la succession des évènements et des phénomènes - Leur représentation dans la conscience 2. La durée 3. Point repérable dans une succession par référence à un « avant » ou un « après » 4. Grandeur physique continue permettant de situer la succession des événements dans un référentiel donné.
Image n.f. : reproduction visuelle d’un objet réel ou par l’intermédiaire d’un système optique - représentation d’un objet par les arts graphiques ou plastiques - Produit de l’imagination – Reproduction mentale d’une perception ou impression antérieure, en l’absence de l’objet.
Le titre fait référence aux différentes pratiques de Malcolm Le Grice. Il interroge les temps de l’image dans ses œuvres (façonnage, traitement, présentation de l’image)
Il n’y a pas de volonté narration dans ses œuvres, l’artiste laisse la place aux images permettant aux spectateurs de voir autrement et différemment.
Cette exposition propose une autre manière de voir, de prendre le temps de regarder, d’observer, c’est un temps pour voir, pour appréhender le changement. C’est une expérience visuelle.
Malcolm Le Grice accorde un intérêt à l’étendue de la perception, à travers de nouvelles formes d’expériences et de connaissances. Il souhaite rapprocher l’expérience des images de l’action et de l’idéologie et susciter une approche différente, innovante de la pensée.
1970, 9’
couleur 16mm
Mots clés : répétition – rythme – couleur - superposition
“BERLIN HORSE est une synthèse de travaux qui explorent la transformation de l'image en refilmant à partir de l'écran, et en utilisant des techniques complexes de tirage. Il y a deux séquences originales: une vieille page d'actualités et une partie d'un film 8mm tourné à Berlin, un village de l'Allemagne du Nord. À partir de l'écran, et de différentes façons, le 8mm est refilmé en 16mm de façon à utiliser, lors du tirage, une superposition permutative et un traitement de couleur. La musique du film est composée par Brian Eno et, comme tous les éléments de l'image, elle explore l'irrégularité des boucles entre elles afin de produire des déphasages.” Light cone
Cette œuvre rappelle le fauvisme où les peintres fauvistes qui utilisaient des couleurs vives, voire violentes, où la couleur n’est pas représentative de l’objet mais sert à accentuer. Matisse précisait « Quand je mets un vert, ça ne veut pas dire de l'herbe ; quand je mets un bleu, ça ne veut pas dire le ciel ».
Les couleurs renvoient aussi à l’œuvre de Mark Rothko (1903-1970) et à sa manière de peindre, sa recherche de l’atteinte d’une dimension spirituelle à travers de grands champs colorés, voire des monochromes de couleurs.
Lors d’une projection de Berlin Horse, Malcolm Le Grice rencontre le musicien et producteur Brian Eno, qui est alors méconnu et lui propose de créer une bande sonore pour ce film car il trouve dans Berlin Horse un écho à sa façon de composer. Depuis, Brian Eno est devenu une référence dans la musique pop et il a fait partie de groupe comme Roxy music (rock) et a collaboré avec de nombreux artistes comme David Bowie.
Comment l’artiste a-t-il réalisé techniquement ce film ?
Comment est exploité la boucle dans les images et la musique ?
Pourquoi utilise-t-il différents tons de couleurs vives ? Que vous évoque ce film ?
L’œuvre en vidéo : http://www.ubu.com/film/legrice_berlin.html
FINITI
Création pour l’Espace multimédia gantner, 2011
Mots clés : mémoire – multi-écran – fragments
FINITI est une création pour l’Espace multimédia gantner.
Il développe un langage cinématique en explorant les fragments déconnectés qui composent nos vies et nos mémoires. Il utilise plusieurs couches de superposition et de montages parallèles entre les écrans comme un moyen de mise en miroir de la complexité des interactions qui ont lieu dans nos esprits entre le conscient et l'inconscient. Il explore le côté éphémère de toutes nos expériences de vie, mais qui ont de la valeur lors de moments particuliers.
Comme dans les théories du ciné-oeil (cinéma-vérité, prendre sur le vif...) du cinéaste soviétique d’avant-garde Dziga Vertov (1896-1954), FINITI n’impose pas de structure pré-définie.
La présence de deux écrans évoque le cerveau divisé en 2 parties : le conscient et l’inconscient.
La mémoire stocke de l’information, des souvenirs que nous pouvons percevoir comme des fragments d’images qui peuvent ressurgir. Chaque image de l’installation peut évoquer un souvenir propre à chacun.
Comment l’artiste a-t-il représenté la mémoire?
Est ce que ces images évoquent des souvenirs personnels?

Oeuvre générée par ordinateur
1970
Mots clés : ordinateur – cercle - animation
Il s'agit de la 3ème version complète du film réalisé sur ordinateur par l’artiste.
Le film est fait à partir d'une courte boucle d’une image mouvante d’un cercle réalisé à partir d’un programme informatique qu’il a réutilisé, filmé et reprogrammé sur écran. Le film est donc une série de cercles évoluant progressivement. Malcolm Le Grice a réalisé cette œuvre en utilisant l’ordinateur Atlas du laboratoire de recherche en énergie atomique, le seul à l’époque équipé pour produire des films
Ce jeu de cercles constitue la première forme d’animation de ce film.
Cette œuvre a nécessité 9 mois de programmation juste pour créer quelques secondes de film à une époque où il était difficile de travailler avec un ordinateur. Puis l’artiste a retravaillé cette image pour produire des effets d’animation.
Le titre ainsi que ces cercles évoquent une sorte bouche.
Par ces formes simples, l’œuvre peut évoquer le minimalisme, mouvement né aux Etats -unis dans les années 1960. Qu’il s’agisse d’art visuel, musical, littéraire, le principe est le même: il faut exclure le superflu et économiser les moyens. Cela correspond à la célèbre formule de l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe « Less is more » (Moins c’est plus).
Questions
Comment l’artiste a-t-il réalisé techniquement cette œuvre?
Pourquoi l’œuvre s’appelle Your Lips 3?

œuvre générée par ordinateur
1987-1989, 5’
Mots clés : synesthésie – musique improvisée – son/couleur
A l’origine, cette œuvre était interactive : elle évoluait et pouvait être modifié par le biais de la souris et qui entraînait des effets visuels et musicaux. Maintenant, elle ne l’est plus.
Arbitrary logic est une œuvre fondée sur un programme informatique qui explore les relations synesthésiques entre des surfaces colorées et des différentes tonalités sonores.
Cette œuvre a été également présentée dans le cadre d’une performance de musique improvisée avec Keith Rowe à la London Filmmakers Cooperative en décembre 1989.
“Il n’y a pas de lien psychologique intrinsèque entre une couleur et un point particulier, d’où le terme arbitraire dans le titre.” MLG
Avec Arbitrary Logic, l’artiste s’inspire des pionniers qui ont expérimenté les relations entre la couleur et le son. En 1880, Bainbridge Bishop expérimente avec un orgue la projection de lumières mélangées sur un petit écran. Wallace Rimmington crée en 1893 le clavier à lumières et devient l’un des inventeurs de la color music, spectacle composé d’un projection lumière accompagnée d’un fond musical. Il écrit : « En peinture, la couleur a seulement été utilisée comme l’un des éléments de l’image. Nous n’avons pas encore eu d’images dans lesquelles il n’y ait ni forme, ni sujet, mais seulement la pure couleur ».
Synesthésiste, Kandisky pouvait entendre les couleurs qu’il voyait comme des sons musicaux. Il est également connu pour avoir établi des relations entre son et couleur : il utilise des termes musicaux pour désigner ses œuvres comme « improvisations » pour les œuvres réalisées spontanément ou « compositions » pour celles qui demandent une recherche.
La synesthésie est un trouble de la perception sensorielle, une affection neurologique au sein de laquelle un sens est vécu à travers la perception d'un autre sens. Par exemple, une personne peut voir de la couleur en lisant des lettres.
En quoi l’œuvre crée-t-elle des relations entre couleur et son ?
Qu’est ce que la synesthésie ?

1966
16mm, ampoule
Mots clés : ampoule - found footage - cinéma hollywoodien - déconstruction
Castle 1 est une déconstruction de l'expérience cinématographique où une ampoule électrique pend le long de l'écran, et s'allume ou s'éteint par intermittence au cours de la projection.
La majeure partie du film est composée de found footage (films trouvés par le cinéaste, qu’il n’a pas tourné lui même et qu’il réutilise) issus de documentaires, de films, de séries télévisées… Le son est un ensemble de collages de commentaires, musiques et dialogues assimilés petit à petit au film. Les images, le son sont répétés.
Autour de ce film, une installation prend place avec des éléments comme des briques, une branche d’arbre, un tableau noir, d’emballages et des dessins d’ampoules évoquant la déconstruction.
Malcolm Le grice s’oppose aux codes du cinéma hollywoodien et propose une autre manière de voir avec l’ampoule qui destabilise et déforme la vue des images.
« Je trouve cela problématique dans le cinéma de Hollywood que le film représente peut-être quelque chose de louable mais les rapports éthiques dans la production sont absolument aberrants. Je trouve tout à fait inacceptable la façon dont sont traités les personnes, le public, ce comportement condescendant envers le public. Il ne faut pas être impliqué dans cette pratique d’essayer de trouver des sommes d’argent colossales … Vous ne pouvez faire un film à Hollywood que si Hollywood approuve ce que vous faites. Ils accepteront quelques critiques légères et il y a des réalisateurs indépendants qui y arrivent, tous les réalisateurs du cinéma à but commercial n’agissent pas ainsi mais dans une grande mesure je trouve que c’est difficile d’avoir une position humaniste, non seulement dans ce qui est représenté mais aussi dans le procédé et la production. .. Je pense que cette position éthique devient ancrée de manière subtile dans l’œuvre, en tant qu’une partie de la sémiologie, en tant que signes et symboles, si vous savez comment le décrypter. En général c’est l’inverse qui se produit dans le cinéma à but commercial. » MLG
Dans son installation illustrant le film, il fait référence au roman Le Château (1926) de Kafka d’où le titre Castle. Ce roman évoque l’impossibilité du personnage nommé K de rentrer en contact avec les autorités d’un village. Kafka n’a pas fini ce roman et souhaitait qu’il soit détruit à sa mort.
Questions
Comment percevez-vous le film avec les problèmes de perception dûs au clignotement de l’ampoule?
Pourquoi l’artiste s’oppose-t-il aux codes du cinéma hollywoodien ?

Even a cyclops pays the ferryman
1998-2001, 17’
Musique : Malcolm Le Grice incluant un remix de John Eacott composé pour le film Chronos Fragmented, 1995.
Mots clés : répétition – requiem – cyclope – mémoire – format tryptique
Ce film est un requiem pour la mort du père de l’artiste qui était borgne, et évoque le passage de l’être vivant à l’être mort. Il n’y a pas de connotation religieuse, Malcolm Le Grice met en valeur la continuation de la vie des autres après la mort en insistant sur la notion de désintégration et de transformation de l’image. L’artiste y explore la répétition et utilise différents matériaux déjà utilisés dans d’autres films.
« Un des mes intérêts manifeste de cette période a été de modeler en vidéo un processus par lequel la mémoire personnelle , le fragment particulier se transformait comme s’il prenait place à travers une réflexion. »
Il y questionne le temps des images qui se structure dans la mémoire , dans l’espace. Il n’y a pas de linéarité.
L’artiste y aborde également le positionnement du spectateur dans le contexte d’une multi-projection où chaque écran développe différentes variations à travers un montage numérique et la transformation d’images. Ces films explorent également la métaphore et l’allégorie afin de représenter de façon plus riche et plus complexe une chose par une autre.
Malcolm Le Grice fait aussi référence à Oscar Fischinger (voir la partie - Ses Influences) dont les films d’animation se caractérisent par la forme, le rythme et les couleurs.
Questions
Comment la mémoire est-elle évoquée par des images et des éléments tels que l’air, le feu, l’eau et la terre ?
A qui appartiennent ces mémoires en images : à l’artiste, au père, aux spectateurs ou à la caméra ?

Autour du cinéma
Cinéma expérimental n.m. adj. :
Dans un sens global, on peut le définir comme un ensemble de pratiques artistiques qui ne correspondent pas à la norme traditionnelle du cinéma et se situant à la frontière des arts plastiques.
D'un point de vue économique, c'est un cinéma en marge du système commercial et industriel.
D'un point de vue esthétique, c'est un cinéma qui n’obéit pas à des règles prédéfinies, n’est pas enfermé dans des codes esthétiques et qui a ses propres modes de projection.
Le cinéma expérimental est diffusé et soutenu par des coopératives de cinéastes comme Lightcone (France).
C'est un cinéma qui n'est pas fabriqué industriellement, mais pratiqué de façon artisanale dans des laboratoires.
Le cinéaste filme, monte, et développe ses films, et les projette parfois lui-même.
D’après http://www.cineastes.net/
négatif n.m. : film photographique photosensible, donnant après développement une image dont les valeurs de luminance et de chrominance sont inversés par rapport au sujet filmé.
positif .m. : épreuve obtenue par tirage du négatif (filière photochimique) et qui devient le film destiné à la projection.
Surimpression n.f. : superposition de plusieurs images sur une même surface.
Caméra n.m. : issu du latin chambre. Appareil de prise de vues animées avec en général 24 images par secondes.
Montage n.m. : processus modifiant l’ordre de succession des images enregistrées par collage ou découpage
Tirage n.m. : opération reproduisant un film négatif sur un film positif qui se fait dans une machine s’appelant une tireuse
Pellicule n.f. : support double enduit d’une préparation permettant d’imprimer des images et du son. Sa largeur varie de 8 à 70 mm, le 35mm étant le format le plus courant.
- 16 mm
format d'une pellicule cinématographique lancée par Kodak en 1923. Créé d'abord pour le cinéma amateur mais aussi pour la prise de vue en reportage.
- 8 mm
format de film de cinéma amateur lancé en 1932 par Kodak.
- 9,5 mm
format de film d'une largeur de 9,5 mm, lancé par Pathé en 1922. La particularité de ce film est ses perforations centrales, entre chaque image, permettant ainsi d'utiliser toute la largeur du film.
vidéo n.f : regroupe l'ensemble des techniques permettant l'enregistrement ainsi que la restitution d'images animées, accompagnées ou non de son, sur un support électronique et non de type photochimique.
Le mot « vidéo » vient du latin « video » qui signifie : « je vois ».
Ordinateur n.m. : machine électronique de traitement de l’information, capable de classer, calculer et mémoriser, exécutant à grande vitesse les instructions d’un programme.
Programme (informatique) n.m. : liste d'instructions indiquant à un ordinateur ce qu'il doit faire comme un logiciel. Sans système d’exploitation et sans programme(s), un ordinateur ne fait rien.
Dès le milieu des années 60, les artistes commencent à s’intéresser à l’ordinateur mais surtout au programme qui peut produire des images à l’infini grâce à une série de codes. On peut parler de transformation des signes en images. On bascule de l’image prélevée (photographie, vidéo) à celle programmée et numérique. L’image est encodée, présente dans la mémoire de l’ordinateur sous forme de métrie, suite de 0 et de 1 (bits).
Image n.f. : En informatique, fichier de nombre ou tâche colorée (pixel) étalée sur une toile ou un écran d’ordinateur.
Numérique adj. : mode de codage en système binaire de toute information destinée à un traitement informatisé.
Analogique adj. : terme qui désigne les phénomènes, appareils électriques, composants électroniques et instruments de mesure qui représentent une information par la variation continue d’une grandeur physique (ex. tension électrique).
Quelques glossaires autour du cinéma en ligne :
http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/cinemaav/regledu/glossj.htm#B
http://site-image.eu/?page=techniques
Quelques sites pédagogiques autour du cinéma
http://www.centreimages.fr/vocabulaire/
http://enfant7art.org/cine_histo1.html
http://enfant7art.org/cine_tech3.html
Sur Malcolm Le Grice :
http://www.luxonline.org.uk/artists/malcolm_le_grice/
L’Espace multimédia gantner accueille à l‘année des classes pour des visites et des ateliers. L’équipe pédagogique est ouverte à toute forme de projets et vous propose aussi un panel d’ateliers en rapport avec les expositions ainsi que des rencontres, des conférences...
Deux formules de visit’ateliers sont ainsi proposées pour les publics scolaires:
1h30 à 3h
Visite guidée de l’exposition + travail en groupe autour de plusieurs œuvres.
Un guide de découverte de l’exposition à compléter est donné à l’élève lors de la visite.
3h environ.
Visite de l’exposition et de l’Espace + un atelier
Un travail d’écriture par groupe autour d’une œuvre sera proposé en vue de rédiger un texte sur l’œuvre.
Les ateliers proposés :
Travail sur logiciel vidéo.
2- Découverte du fonds documentaire autour du cinéma expérimental.
Projection de courts documentaires, découverte de documents (livres, dvds…), discussion, temps de recherche…
Pour venir à l'Espace multimédia gantner :
Pour les transports, il faut prendre la ligne urbaine 3 au départ de la gare de Belfort puis faire un changement à gare tgv pour prendre la ligne 30 direction Beaucourt. (Temps du trajet: 30 minutes environ).